Des chiffres qui font du bien
Au Stade de l'Aube, les géants vacillent (parfois). Depuis la première visite de l'OM en 1955, les clubs troyens successifs (ASTS, TAF puis puis ESTAC) affichent un bilan rigoureusement équilibré face aux Phocéens : 21 matchs, 6 victoires, 8 nuls, 7 défaites, et 26 buts marqués comme encaissés.
L'ère ESTAC, ouverte face à l'OM lors de la saison 1999/2000, est plus contrastée : 2 victoires, 5 nuls et 4 défaites en 11 rencontres. Mais elle compte plusieurs nuls arrachés au courage et deux succès de prestige, en 2002 et en 2012. Petit bémol avant dimanche : Troyes reste sur quatre matchs sans victoire à domicile contre Marseille (deux nuls, deux défaites).
Les pionniers : Flamion, Keller et un Stade de l'Aube imprenable
Tout commence par un coup d'éclat. Le 24 avril 1955, l'AS Troyes-Savinienne, promue en première division, reçoit l'OM et le corrige 4-2. Abdelaziz Ben Tifour ouvre le score, puis Pierre Flamion signe un triplé (35e, 39e, 64e). Marseille, mené 3-0 à la pause, ne revient jamais. Cela reste à ce jour la plus large victoire troyenne face à l'OM.
L'histoire se poursuit en deuxième division, où Marseille est relégué à la fin des années 1950. Les deux visites marseillaises au Labourat y tournent court : 3-2 en avril 1960, avec un doublé d'Antoine Keller, puis 3-1 en janvier 1962. Sur ses quatre premiers déplacements à Troyes, l'OM ne s'impose qu'une fois.
Les matchs nuls qui valaient des victoires
Le Stade de l'Aube a aussi souvent fait déjouer l'OM. En mai 2016, une ESTAC déjà condamnée à la descente arrache le nul (1-1) grâce à Fabien Camus, et Matthieu Dreyer détourne un penalty de Steven Fletcher. En février 2022, l'OM de Jorge Sampaoli, pourtant dauphin du PSG, croit tenir son succès sur un penalty de Dimitri Payet avant que Yoann Touzghar n'égalise à la 90e minute.
Il y a aussi les soirs cruels. Le 15 avril 2018, Samuel Grandsir ouvre le score dès la première minute et Benjamin Nivet redonne l'avantage aux siens après la pause, mais Florian Thauvin offre la victoire à l'OM à cinq minutes de la fin (2-3). Lors de la dernière visite marseillaise, en janvier 2023, Chancel Mbemba et Jordan Veretout ont scellé un succès phocéen (0-2).
Benjamin Nivet qui explose de joie lors du but vainqueur face à l'OM le 21 octobre 2012.
21 octobre 2012, Nivet fait tomber le prétendant au titre
C'est sans doute le match qui résume le mieux ce que le Stade de l'Aube peut réserver à l'OM. Ce dimanche 21 octobre 2012, pour la 9e journée de Ligue 1, tout semble écrit d'avance. L'ESTAC de Jean-Marc Furlan, tout juste remontée, est lanterne rouge et n'a toujours pas gagné le moindre match. En face, l'OM d'Élie Baup a remporté ses six premières rencontres de championnat et dispute la première place au PSG.
Devant 17 462 spectateurs, le scénario semble pourtant suivre la logique. Marseille, emmené par Mathieu Valbuena, André Ayew et Steve Mandanda, a le ballon. Mais l'OM perd André-Pierre Gignac sur blessure avant la demi-heure, remplacé par Loïc Rémy, et se heurte à un Yohann Thuram-Ulien des grands soirs.
À la pause, Jean-Marc Furlan fait entrer Benjamin Nivet et Stéphane Darbion. Le meneur de jeu aubois change le visage de l'équipe : il trouve la barre transversale de la tête, et Rémy manque de son côté une énorme occasion pour l'OM. À deux minutes du terme, sur un corner mal dégagé, Nivet récupère le ballon dans la surface, se retourne et décoche une frappe du gauche qui laisse Mandanda sans réaction. Le Stade de l'Aube explose. Troyes, dernier, vient de battre le prétendant au titre (1-0).
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Pour l'ESTAC, c'est la première victoire de la saison et la sortie de la dernière place. Pour l'OM, c'est une « grosse désillusion », selon Maxifoot : Marseille laisse filer la tête du championnat. La saison troyenne finira par une relégation, mais ce soir d'octobre reste l'un des plus beaux de l'histoire récente du club, et un symbole de ce que représente Benjamin Nivet pour l'Aube.
Dimanche, écrire la 22e page
Quatorze ans après le but de Nivet, l'ESTAC n'a plus battu l'OM à domicile. L'occasion se présente dimanche face à un Marseille en pleine crise, qui reste sur cinq défaites consécutives toutes compétitions confondues. L'histoire le montre : au Stade de l'Aube, l'OM n'est jamais à l'abri.