Un pur produit de la maison lilloise
Né à Seclin, à une douzaine de kilomètres du stade, Stéphane Dumont est un pur produit du centre de formation lillois. Milieu défensif appliqué, sobre, il découvre le professionnalisme au début des années 2000 et s'installe dans la rotation de l'équipe première à partir de 2003. La saison 2004-2005 est sa plus aboutie : plus de trente matchs de championnat, une Coupe Intertoto remportée en 2004 et la découverte de l'Europe avec les Dogues, de la Coupe UEFA à la Ligue des champions.
La suite est plus rugueuse. Une grave blessure au genou, contractée lors d'un match amical de préparation, l'éloigne des terrains presque une saison entière. Les douleurs reviennent l'année suivante, au point de l'envoyer en rééducation. Quand il retrouve enfin de la disponibilité physique, la concurrence a changé de dimension : Rio Mavuba, Yohan Cabaye, Jean II Makoun, puis Florent Balmont se disputent l'entrejeu lillois. Dumont joue moins, mais ne quitte pas le navire.
Il est donc encore là en 2011, au moment où le LOSC de Rudi Garcia réalise le doublé Coupe-Championnat. Un titre de champion de France, une Coupe de France, et la place de celui qui a traversé les saisons difficiles pour être présent le jour de la fête. Au total, environ 191 matchs sous le maillot lillois entre 2003 et 2011, avant un départ à l'AS Monaco, alors relégué en Ligue 2. L'aventure monégasque tournera court : le genou, toujours lui, l'oblige à résilier son contrat en 2013 et à raccrocher les crampons à trente ans passés.
De Lille à Troyes, l'apprentissage du banc
La reconversion se fait sans détour, et là encore à Lille. Dumont prend en main les équipes de jeunes du LOSC de 2013 à 2015, avant de devenir adjoint de l'équipe première jusqu'en 2017. Il rejoint ensuite le Stade de Reims comme premier adjoint de David Guion - quatre saisons, une montée et une découverte de la Ligue 1 côté banc de touche - puis obtient son BEPF en 2020.
En 2021, il passe numéro un à l'EA Guingamp, où il dirige plus de 120 rencontres en trois saisons et se construit une réputation solide en Ligue 2. Le 12 août 2024, à quatre jours de la reprise, il débarque à l'ESTAC pour succéder à… David Guion. On connaît la suite : un maintien tranquille puis, la saison dernière, un titre de champion de Ligue 2, une montée en Ligue 1, un huitième de finale de Coupe de France et un trophée UNFP du meilleur entraîneur de Ligue 2.
Une soirée à part
C'est donc un entraîneur reconnu, mais surtout un ancien de la maison, que Pierre-Mauroy a accueilli dimanche. Sur le terrain, le scénario a été rude pour les Troyens. En tribunes, pourtant, une autre histoire s'écrivait. Vers l'heure de jeu, la banderole des Dogues Virage Est s'est déployée en Tribune Nord, et le nom de Dumont a résonné dans le stade plusieurs minutes durant. Un hommage rare pour un homme installé sur le banc d'en face.
Interrogé après la rencontre sur cet hommage, le coach troyen n'a pas cherché à jouer les indifférents : « Ah oui, ça touche. Enfin, je ne vois pas qui ça ne toucherait pas. » Avant de décrire le grand écart demandé à un entraîneur mené au score : « C'est difficile de le vivre parce qu'on est forcément dans le match. Donc on essaie de faire abstraction, mais je n'oublie pas ce que j'ai vécu et c'est ma vie. J'y suis arrivé tout petit. » Puis, fidèle à son personnage : «on remercie, c'est très agréable, et on bascule sur le match ».