Deux entames de saison à contre-courant
L'ESTAC a fait exactement ce qu'un promu doit faire. Un 0-0 arraché face au Paris FC pour la reprise, avec une entrée en matière très aboutie de Patrick Beach, puis un vrai coup à Lorient (1-2) samedi dernier. Renaud Ripart sur penalty (29e) et Lucas Maronnier, à la conclusion d'une action rapide (38e), avaient mis les Merlus au tapis avant la pause. Makengo a bien réduit le score au retour des vestiaires (51e), mais les Troyens ont tenu, avec un Beach à quatre arrêts décisifs et un Adrien Monfray impérial dans l'axe.
Bilan : quatre points en deux journées, une 6e place, et surtout deux prestations défensives qui valident le discours de l'été. Sur le plan offensif, en revanche, le chantier reste ouvert : 0,38 xG et deux tirs cadrés face au Paris FC, ça reste maigre.
En face, le Racing a vécu deux week-ends radicalement opposés. Balayé 4-0 au Vélodrome pour l'ouverture, avec une expulsion de Samir El Mourabet qui a fait basculer le match, Strasbourg a ensuite renversé Lens à la Meinau (2-1) samedi. Menés sur un penalty de Thauvin (38e), les Alsaciens ont égalisé dès le retour des vestiaires par Gessime Yassine (48e), avant que le même Yassine ne libère la Meinau à cinq minutes de la fin (85e). Deux buts, deux caviars de Sebastian Nanasi. Trois points, 10e place, et un Filip Jørgensen déterminant dans les arrêts de jeu.
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Une préparation ratée qui reste dans les têtes
Le décalage entre les deux clubs vient aussi de l'été. Là où l'ESTAC a construit sa préparation autour d'un principe simple – apprendre à souffrir – le Racing a enchaîné les claques dans un calendrier estival taillé pour le prestige : Sporting Portugal, Blackburn, Elversberg, puis un doublé contre Fribourg en Allemagne.
Le résultat a été brutal. Sept buts encaissés d'entrée contre le Sporting (0-7), défaite contre Blackburn (0-2), défaite contre Elversberg (2-5), deux défaites le même jour contre Fribourg (0-2 et 0-2). Aucune victoire, et un climat de doute autour du nouvel entraîneur Hugo Oliveira, arrivé cet été.
Le seul motif de satisfaction est venu du dernier test, le 16 août à St James' Park : un 1-1 face à Newcastle (Osula pour les Magpies, Yassine à l'heure de jeu) et une victoire aux tirs au but. Trop peu, trop tard, pour arriver serein au Vélodrome une semaine plus tard.
Un mercato hors norme, et des recrues encore en rodage
C'est là que se joue une grande partie de l'histoire de ce Racing 2026-27. Le club a battu tous ses records de l'ère BlueCo : 16 arrivées, 20 départs, environ 179 M€ de ventes pour 72,5 M€ d'achats, soit une balance largement positive – de quoi figurer parmi les soldes de transferts les plus excédentaires des cinq grands championnats européens.
Ce qui est parti : Diego Moreira à l'AC Milan (autour de 50 M€ fixes), Valentín Barco à Chelsea (≈ 40 M€), Guéla Doué au Bayer Leverkusen (≈ 37,5 M€ bonus compris), Julio Enciso et Abdoul Ouattara à Ipswich, sans oublier Emanuel Emegha, définitivement parti à Chelsea. Autrement dit : l'ossature de l'équipe qui jouait la Conference League il y a quelques mois.
Ce qui est arrivé : le défenseur central Karim Coulibaly (Werder Brême, ≈ 20 M€), le latéral Oso (FC Séville, ≈ 10 M€), l'avant-centre Jacobo Ortega (Real Madrid, ≈ 10 M€), le milieu Diogo Sousa (Vitória Guimarães, ≈ 10 M€), Jeyland Mitchell (Sturm Graz, ≈ 8 M€), l'ailier Fábio Baldé (Hambourg, ≈ 7 M€), Angelo Candido (São Paulo), Mateo Del Blanco, Giovanni Reyna, Omari Kellyman, plus les prêts en provenance de Chelsea de Filip Jørgensen et Genesis Antwi. Le mercato fermant ses portes ce mardi soir, la liste peut encore s'allonger : l'arrivée en prêt de l'avant-centre danois Conrad Harder, en provenance du RB Leipzig, était annoncée comme imminente.
Et sur le terrain ? Le onze aligné contre Lens en dit long : Jørgensen dans les buts, Antwi et Mitchell derrière, Sousa au milieu, Reyna et Ortega devant. Six recrues d'entrée. Le rendement, lui, est plus contrasté. Jørgensen a été décisif, Mitchell a gagné ses duels aériens, mais Sousa a été en difficulté dans l'impact, et Ortega a vu son but annulé pour un hors-jeu de quelques centimètres. Symbole du chantier : les deux buts de la victoire ne viennent pas des recrues estivales, mais de Gessime Yassine, arrivé en janvier dernier, servi deux fois par Nanasi.
C'est probablement la meilleure nouvelle pour l'ESTAC : cette équipe strasbourgeoise a beaucoup de talent brut, mais très peu d'automatismes.
Les enjeux
Pour Troyes, l'occasion est claire : une première victoire à domicile en Ligue 1 depuis trois ans, devant un Stade de l'Aube qui pourrait être bien garni (déjà plus de 11 500 spectateurs face au Paris FC). Un succès enverrait l'ESTAC à 7 points après trois journées, un rythme que peu de promus tiennent, et surtout installerait immédiatement le Labourat comme un endroit difficile à jouer. C'est tout le sens du discours de Dumont depuis juillet.
Pour Strasbourg, c'est le premier vrai test d'enchaînement de la saison. Le Racing a montré à la Meinau qu'il pouvait réagir ; reste à savoir s'il sait le faire à l'extérieur, avec un effectif remanié jusqu'à la dernière heure du mercato et un calendrier de septembre très chargé.